Reportage sur l’Afrique à la COP21 #2: Les délégués africains de la COP21 dénoncent la grave menace que le changement climatique fait peser sur l’agriculture

Publié le

Par Mildred Barasa, secrétaire générale du African Network for Environmental Journalists (ANEJ)

Pendant la durée de la COP21, Mildred Barasa écrit pour la FEP une série d’articles inédits relatant la parole des acteurs africains présents à la conférence de Paris

Cet article est aussi disponible en anglais.

This article is also available in English.


Les délégués africains présents à la conférence de Paris sur le changement climatique, la COP21, ont dénoncé les répercussions considérables du changement climatique sur l’agriculture africaine.

S’exprimant sur les lieux de la conférence, tous ont abondé dans le même sens : l’agriculture, véritable colonne vertébrale de la plupart des pays africains, continue de souffrir à mesure que s’aggravent les problèmes liés au changement climatique.

Capture d’écran 2015-12-08 à 17.19.56.png«Tout le monde sait que la pluviosité a changé en Afrique et que les agriculteurs ne peuvent plus compter sur l’agriculture pluviale traditionnelle. Les saisons sèches se sont allongées, causant de mauvaises récoltes et la mort des animaux domestiques des pasteurs nomades», a déclaré Babacar Cissokho, ingénieur agricole au Sénégal.

Babacar a travaillé dans le secteur du coton ces quinze dernières années et enseigne aussi la gestion de projets agricoles à l’université de Gaston Berger, au Sénégal.

Babacar affirme que des suites de l’élévation des températures à des niveaux très élevés, les sols ont été touchés au point qu’un certain nombre de semences ne peuvent plus germer ; d’autres le peuvent encore, mais avec difficulté.

Il affirme également que les températures élevées ont entraîné une augmentation du nombre des nuisibles qui détruisent les récoltes des agriculteurs, causant des pertes puisque certains d’entre eux finissent pas ne plus rien pouvoir récolter.

L’ingénieur agricole ajoute que la qualité des semences est également touchée à cause des sécheresses prolongées qui touchent l’Afrique, un problème qui, à long terme, diminue, voire réduit à néant les rendements.

Capture d’écran 2015-12-08 à 17.23.39.pngMme Mary Simat, une déléguée kenyane, partage les sentiments de Babacar et affirme que la région des Masaïs dont elle est originaire subit d’immenses souffrances à cause du changement climatique.

«Les producteurs de blé continuent d’enregistrer de fortes pertes à cause de ce problème. La dure réalité est que la plupart d’entre eux contractent des emprunts parce que la culture céréalière exige beaucoup de ressources. Au final, les agriculteurs ne sont plus capables de rembourser les prêts de l’Agricultural Farmers Corporation (AFC) parce que leurs récoltes de blé sont sous la moyenne», déclare-t-elle.

Elle affirme que certains grands exploitants de blé ont choisi de planter d’autres cultures susceptibles de nécessiter moins de ressources, comme le maïs, après avoir subi d’énormes pertes dues à la culture du blé.

Mme Simat ajoute que les substances chimiques utilisées par les agriculteurs comme engrais et comme insecticides ont détruit les sols dans sa région, tant et si bien que la couche supérieure des sols est devenue tellement peu compacte qu’elle est très vulnérable à l’érosion.

Les Masaïs sont connus pour pratiquer l’élevage bovin et Mme Simat s’empresse de mentionner qu’année après année sa communauté perd un nombre considérable de bêtes à cause de la gravité des sécheresses. Les bovins périssent en grand nombre et comme ils constituent le moyen de subsistance de la communauté, les villages subissent la pauvreté et la frustration, entre autres effets du changement climatique.

Capture d’écran 2015-12-08 à 17.28.36.pngAlban Mvila, du Congo Brazzaville, a expliqué que son pays souffrait aussi du même problème et il regrette que son gouvernement semble favorable au développement de certaines industries, aux dépens de l’agriculture. Ces industries sont la propriété d’étrangers et, selon Mr. Mvila, le gouvernement congolais se soucie bien davantage de permettre leur développement que de mener des campagnes de plantation d’arbres.


Capture d’écran 2015-12-08 à 17.31.29.pngLe cas du Burkina Faso ne s’écarte pas d’un iota des trois pays déjà mentionnés. Mme Agatha Guissou–Yaneogo, qui vient de ce pays d’Afrique occidentale relativement petit, s’inquiète du fait que ses compatriotes doivent parcourir de très longues distances pour trouver de l’eau à cause des sécheresses prolongées que continue de subir son pays.

«Les pluies ne sont plus jamais suffisantes, comme par le passé, quand j’étais une petite fille, et quand elles viennent, c’est toujours au moment le plus inattendu. Cela veut dire que les fermiers ne savent jamais quand ils doivent se préparer à planter et, malheureusement, quand il pleut, ce sont des trombes d’eau qui s’abattent sur nous, emportant avec elles les couches supérieures du sol. Les sols ont été affaiblis au fil du temps par les engrais et les pesticides utilisé dans les fermes», ajoute Agatha.

Selon elle, au Burkina Faso, les fermiers ne se réjouissent plus du début de la longue saison des pluies de jadis, parce qu’elle s’accompagne de vents trop violents qui détruisent les arbres ; les maisons et toute la végétation sont balayées jusqu’aux cours d’eau, ce qui ne laisse que des terres nues, inexploitables par les agriculteurs. Les inondations tuent les gens et les animaux. Les femmes sont les plus touchées à cause de la socialisation et elles doivent marcher des kilomètres en quête de bois à brûler.

Les situations décrites dans les paragraphes précédents ont réduit les fermiers africains à une pauvreté abjecte alors que leur continent n’abrite pas les industries responsables du changement climatique.

Babacar, l’ingénieur agricole, fait partie des délégués africains qui estiment que l’Afrique doit faire pression pour obtenir une compensation du monde développé afin qu’il s’attaque de front au problème du changement climatique.

Et il insiste: «Les pays africains devraient veiller à constituer une équipe compétente qui contrôlera les conséquences du changement climatique sur le continent et le recours aux nouvelles technologies pour réduire les émissions de carbone.»

Photos: Mildred Barasa

Traduction en français: André Verkaeren

  • Les opinions exprimées sur ce blog sont exclusivement celles de leurs auteurs. Elles sont publiées en tant que contributions au débat public et ne reflètent pas nécessairement celles de la Fondation de l’Écologie Politique en tant qu’institution.

Mots clés :