Sélection pour le 7e Prix du livre d'écologie politique

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Le Prix de la FEP 

La Fondation de l’Ecologie Politique accorde depuis 2014 un Prix du Livre d’Ecologie Politique à un ouvrage francophone qui, par la qualité des idées et réflexions qu’il expose, concourt de manière significative à l’approfondissement de la pensée écologiste, à la compréhension des enjeux écologiques ou à l’élaboration de solutions ou d’actions publiques visant à la transformation écologique de la société.

- Séléction des finalistes de la 7e édition -

Capture d’écran 2021-01-08 à 12.34.21.pngClimatiser le monde

Aykut Stephan           

Quae, janvier 2020

La question climatique s’est diffusée dans de nombreuses sphères de la vie publique, forçant des acteurs parfois assez éloignés des enjeux écologiques à s’y intéresser. Un nombre croissant de firmes, d’associations et d’institutions se voient désormais contraints à repenser leurs orientations stratégiques, leurs routines organisationnelles et leurs pratiques économiques.

L’auteur propose de saisir les évolutions en cours comme le résultat d’une « climatisation » du monde. Cette expression traduit la capacité du changement climatique à connecter et à agréger toutes sortes de sujets aussi divers que la sécurité alimentaire, la finance ou les sols.

Paradoxalement, cette force d’attraction rend la formation des politiques climatiques de plus en plus complexe. En décryptant la gouvernance climatique instaurée notamment dans les Conferences of Parties, les COP, Stefan C. Aykut aide également à en cerner les effets ambigus et contradictoires.

Capture d’écran 2021-01-08 à 12.40.32.pngL’invention du colonialisme vert      

Blanc Guillaume        

Flammarion, septembre 2020

L’histoire débute à la fin du XIXe siècle. Persuadés d’avoir retrouvé en Afrique la nature disparue en Europe, les colons créent les premiers parcs naturels du continent, du Congo jusqu’en Afrique du Sud. Puis, au lendemain des années 1960, les anciens administrateurs coloniaux se reconvertissent en experts internationaux. Il faudrait sauver l’Éden ! Mais cette Afrique n’existe pas. Il n’y a pas de vastes territoires vierges de présence humaine, et arpentés seulement par ces hordes d’animaux sauvages qui font le bonheur des safaris touristiques. Il y a des peuples, qui circulent depuis des millénaires, ont fait souche, sont devenus éleveurs ici ou cultivateurs là. Pourtant, ces hommes, ces femmes et enfants seront – et sont encore – expulsés par milliers des parcs naturels africains, où ils subissent aujourd’hui la violence quotidienne des éco-gardes soutenus par l’Unesco, le WWF et tant d’autres ONG.

Convoquant archives inédites et récits de vie, ce livre met au jour les contradictions des pays développés qui détruisent chez eux la nature qu’ils croient protéger là-bas, prolongeant, avec une stupéfiante bonne conscience, le schème d’un nouveau genre de colonialisme : le colonialisme vert.

 

Capture d’écran 2021-01-08 à 12.44.47.pngÊtre écoféministe – Théories et pratiques   

Burgart Goutal Jeanne          

L’Échappée, mars 2020

Oppression des femmes et destruction de la nature seraient deux facettes indissociables d’un modèle de civilisation qu’il faudrait dépasser : telle est la perspective centrale de l’écoféminisme. Mais derrière ce terme se déploie une grande variété de pensées et de pratiques militantes.
Rompant avec une approche chic et apolitique aujourd’hui en vogue, ce livre restitue la richesse et la diversité des théories développées par cette mouvance née il y a plus de 40 ans : critique radicale du capitalisme et de la technoscience, redécouverte des sagesses et savoir-faire traditionnels, réappropriation par les femmes de leur corps, apprentissage d’un rapport intime au cosmos…
Dans ce road trip philosophique alternant reportage et analyse, l’auteure nous emmène sur les pas des écoféministes, depuis les Cévennes où certaines tentent l’aventure de la vie en autonomie, jusqu’au nord de l’Inde, chez la star du mouvement Vandana Shiva. Elle révèle aussi les ambiguïtés de ce courant, où se croisent Occidentaux en quête d’alternatives sociales et de transformations personnelles, ONG poursuivant leurs propres stratégies commerciales et politiques, et luttes concrètes de femmes et de communautés indigènes dans les pays du Sud.

 

Capture d’écran 2021-01-08 à 12.48.07.pngAbondance et liberté - Pour une histoire environnementale des idées politiques

Charbonnier Pierre   

La Découverte, janvier 2020

Sous la forme d’une magistrale enquête philosophique et historique, ce livre propose une histoire inédite: une histoire environnementale des idées politiques modernes. Il n’ambitionne donc pas de chercher dans ces dernières les germes de la pensée écologique (comme d’autres l’ont fait), mais bien de montrer comment toutes, qu’elles se revendiquent ou non de l’idéal écologiste, sont informées par une certaine conception du rapport à la terre et à l’environnement.
Il se trouve que les principales catégories politiques de la modernité se sont fondées sur l’idée d’une amélioration de la nature, d’une victoire décisive sur ses avarices et d’une illimitation de l’accès aux ressources terrestres. Ainsi la société politique d’individus libres, égaux et prospères voulue par les Modernes s’est-elle pensée, notamment avec l’essor de l’industrie assimilé au progrès, comme affranchie vis-à-vis des pesanteurs du monde.
Or ce pacte entre démocratie et croissance est aujourd’hui remis en question par le changement climatique et le bouleversement des équilibres écologiques. Il nous revient donc de donner un nouvel horizon à l’idéal d’émancipation politique, étant entendu que celui-ci ne peut plus reposer sur les promesses d’extension infinie du capitalisme industriel.
Pour y parvenir, l’écologie doit hériter du socialisme du XIXe siècle la capacité qu’il a eue de réagir au grand choc géo-écologique de l’industrialisation. Mais elle doit redéployer l’impératif de protection de la société dans une nouvelle direction, qui prenne acte de la solidarité des groupes sociaux avec leurs milieux dans un monde transformé par le changement climatique.

Capture d’écran 2021-01-19 à 16.11.08.pngClimat, la démission permanente

Cormier Cyrille

Editions Utopia, décembre 2020

Canicules historiques, sécheresses à répétition et inondations: cette fin de décennie aura été marquée par une série d’évènements extrêmes plongeant la France dans la réalité des dérèglements climatiques. Elle aura aussi été marquée par l’émergence de mouvements de citoyens reprochant à l’État son inaction face à l’urgence climatique.

De “la maison brûle et nous regardons ailleurs” à la Convention citoyenne sur le climat, ce livre décrypte près de vingt ans de politiques climatiques et déconstruit le mythe d’une excellence climatique française. Il fait le tri entre les discours des présidents français, les illusions qu’ils génèrent et leurs échecs à réduire l’importante empreinte climatique de la France.

Si Emmanuel Macron aime à s’afficher en champion du climat, il s’inscrit en réalité dans la continuité de ses prédécesseurs. Comme lui, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont privilégié l’esbroufe politique et les postures à l’action climatique.

Face à ce constat, cet ouvrage expose trois ruptures politiques essentielles: rupture avec une vision économique fondée sur l’extraction des ressources naturelles et la surconsommation de produits neufs, avec les pratiques des responsables politiques et enfin rupture dans l’exercice de notre citoyenneté.

Capture d’écran 2021-01-08 à 12.50.59.pngLes révoltes du ciel - Une histoire du changement climatique XVe-XXe siècle

Fressoz Jean-Baptiste et Fabien Locher Fabien       

Seuil, octobre 2020

De l’aube de l’époque moderne au milieu du XXe siècle, les sociétés occidentales ont débattu du changement climatique, de ses causes et de ses effets sur les équilibres écologiques, sociaux, politiques. On ne se préoccupait alors ni de CO2 ni d’effet de serre. On pensait par contre que couper les forêts et transformer la planète modifieraient les pluies, les températures, les saisons. Cette question fut posée partout où l’histoire avançait à grands pas : par les Conquistadors au Nouveau Monde, par les révolutionnaires de 1789, par les savants et les tribuns politiques du XIXe siècle, par les impérialistes européens en Asie et en Afrique jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Cette enquête magistrale raconte pour la première fois les angoisses et les espoirs de sociétés qui, soumises aux aléas du ciel, pensent et anticipent les changements climatiques. Elle montre que la transformation du climat fût au coeur de débats fondamentaux sur la colonisation, Dieu, l'Etat, la nature et le capitalisme et que de ces batailles ont émergé certains concepts-clés des politiques et des sciences environnementales contemporaines. Si, pendant un bref laps de temps, l’industrie et la science nous ont inculqué l’illusion rassurante d’un climat impassible, il nous faut, à l’heure du réchauffement global, affronter de nouveau les révoltes du ciel.

Capture d’écran 2021-01-08 à 12.54.17.pngSignaux d'alerte. Contagion virale, justice sociale, crises environnementales

Keck Frédéric 

Desclée de Brouwer, octobre 2020

Les signaux d'alerte se multiplient sur les catastrophes écologiques. La valeur de ces signaux n'est pas régie par le critère de la vraie ou de la fausse alerte, ni par le principe du bon ou du mauvais gouvernement, mais par l'attractivité du signal, c'est-à-dire sa capacité à susciter l'attention et l'intérêt de ceux qui le reçoivent.
En s'appuyant sur une étude des sentinelles des pandémies dans les sociétés asiatiques, Frédéric Keck montre que les territoires qui émettent des signaux d'alerte, comme Hong Kong, Taïwan ou Singapour, ont entre eux des relations de compétition et de collaboration analogues à celles des oiseaux qui concourent pour alerter sur la présence d'un prédateur. Dans cette émulation, où les pays échangent des informations pour prendre les mesures les plus rapides, se joue une nouvelle forme de solidarité globale et de justice sociale.
Pour prendre la mesure de ce phénomène, l'auteur propose une lecture de quelques penseurs des signaux d'alerte (Claude Lévi-Strauss, Amotz Zahavi, Anna Tsing) ; puis une histoire des grandes crises sanitaires depuis vingt ans ; enfin, une approche de certaines oeuvres d'art (romans, films, expositions), qui nous préparent aux prochaines crises en faisant travailler notre imaginaire.

 

Capture d’écran 2021-01-08 à 12.56.25.pngL’Amérique verte

Paquot Thierry          

Terre urbaine, octobre 2020

Les États-Unis ont été parmi les premiers pays à se doter de lois en faveur de la protection de la nature, de la qualité de l’air et de l’eau, à interdire certains produits toxiques et à créer des parcs nationaux, dont Yellowstone ouvert dès 1872.

L’histoire de l’écologie y ressemble à une partie de ping-pong, chaque avancée législative est suivie d’une régression et aucun président ne peut s’enorgueillir d’une politique environnementale novatrice et courageuse. Néanmoins, c’est aux États-Unis que la pensée écologique s’enracine avant même l’apparition du mot « écologie ».

Cet essai se veut une invitation à faire connaissance avec ces premiers « naturalistes amateurs », « marcheurs et observateurs », « paysagistes et amoureux de la nature » que l’on peut qualifier d’écologistes, comme Emerson, Fuller, Thoreau, Downing, Marsh, Olmsted, Muir, Burroughs, Leopold, MacKaye, Mumford et quelques autres. Leurs œuvres et réalisations, qui concernent principalement le XIXe siècle, sont non seulement décrites et analysées mais reliées entre elles car souvent ils se lisaient et s’appréciaient. Aussi Thierry Paquot tisse-t-il des filiations, souligne-t-il des interactions qui constituent au final un héritage sans testament pour les militants actuels qui ne désespèrent pas d’inscrire la question environnementale à l’agenda politique. Il en est encore temps et ils ne partent pas de rien !

 

Capture d’écran 2021-01-08 à 12.58.59.pngZoocities. Des animaux sauvages dans la ville

Zask Joëlle     

Premier parallèle, août 2020

Des renards dans les jardins de Londres, des sangliers dans les rues de Marseille, des léopards dans les artères étroites de Bombay, des coyotes dans les parkings de New York, des kangourous dans les rues de Canberra : repoussés par une campagne chaque jour plus hostile – polluée, rognée par l’urbanisation ou déréglée par le changement climatique – les animaux sauvages s’installent dans les villes. Ils s’y adaptent. Ce phénomène s’accentue. Et si, demain, nous devions les côtoyer au quotidien ?
La ville telle que nous la connaissons a été historiquement pensée contre les animaux sauvages et, plus généralement, contre la nature. Accueillir ces animaux parmi nous paraît impensable. Les rejeter, impossible. Les exterminer, cruel et dangereux pour les équilibres écologiques.
Ce livre propose une expérience de pensée. À quoi ressemblerait une ville dans laquelle les distances et les espaces rendraient possible la coexistence avec les bêtes sauvages ? Une ville qui ne serait plus pensée contre les animaux, ni d’ailleurs pour eux, mais avec eux ? Comment, en somme, à l’heure des grands bouleversements écologiques, construire une nouvelle arche de Noé ?
Après Quand la forêt brûle, prix Pétrarque 2020, Joëlle Zask poursuit son travail d’enquête philosophique sur les relations entre les hommes et leur environnement.

Membres du jury de la 7e édition:

Marine CALMET - Juriste, Présidente de l’association de défense des droits de la nature Wild Legal

Alice CANABATE - Sociologue, Présidente du jury, Vice-présidente de la FEP

Bastien FRANÇOIS - Professeur de science politique à Paris I, Président de la FEP

Claire LEJEUNE - Normalienne, Coordinatrice de Résilience Commune

Bruno VILLALBA - Professeur de sicence politique à AgroParisTech, Membre du comité de rédaction de la revue La Pensée Ecologique

 

Secrétariat : Benoit Monange, b.monange@fondationecolo.org, 06-67-33-22-23

Télécharger le règlement du prix:

Règlement7ePrixLEOPOL.pdf application/pdf 229.21 Ko

 


Rappel du palmarès du Prix :

2014 - L’âge des low tech de Philippe BIHOUIX (Seuil, 2014)

2015 - Faut-il donner un prix à la nature ? de Jean GADREY et Aurore LALUCQ (Les Petits Matins, 2015)

2016 - Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant de Baptiste MORIZOT (Wildproject, 2016)

2017 - La société écologique et ses ennemis de Serge AUDIER (La découverte, 2017)

2018 – Les métropoles barbares de Guillaume Faburel (Le passager clandestin, 2018)

2019 – Une écologie décoloniale de Malcom Ferdinand (Seuil, 2019).