Sélection finale : 8e Prix du livre d'écologie politique

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Le Prix de la FEP 

La Fondation de l’Ecologie Politique accorde depuis 2014 un Prix du Livre d’Ecologie Politique à un ouvrage francophone qui, par la qualité des idées et réflexions qu’il expose, concourt de manière significative à l’approfondissement de la pensée écologiste, à la compréhension des enjeux écologiques ou à l’élaboration de solutions ou d’actions publiques visant à la transformation écologique de la société.

- Séléction des finalistes de la 8e édition -

Capture d’écran 2022-01-12 à 15.39.11.pngOù sont les gens du voyage ? Inventaire critique des aires d'accue 

William ACKER

Éditions du commun, 2021

Ce n’est pas un hasard si les plus proches riverains de l’usine Lubrizol, partie en fumée toxique fin septembre 2019 à Rouen, étaient les habitant·es de l’aire d’accueil des « gens du voyage » de Petit-Quevilly. Partout en France, les lieux « d’accueil » attribués aux personnes relevant de cette dénomination administrative se trouvent à l’extérieur des villes, loin de tout service, ou dans des zones industrielles à proximité de diverses sources de nuisances. Constatant l’absence de chiffres opposables aux pouvoirs publics sur l’isolement de ces zones et leur rôle dans les inégalités environnementales, William Acker a décidé de les recenser, département par département. La première partie de cet ouvrage analyse le contexte historique, sociologique et politique de ces communautés et du rapport que l’État entretient avec elles. La seconde partie est l’inventaire exhaustif et cartographié des aires d’accueil. Cet inventaire s’appuie sur des critères précis et factuels comme la distance et la durée de trajet de la mairie à l’aire, la proximité immédiate de zones habitables ou de zones à risque sanitaire ou écologique (centrale nucléaire, déchèterie, usine, station d’épuration, etc.). C’est un travail inédit qui permet de mettre en lumière, d’une part, l’antitsiganisme diffus dans toutes les strates de notre société et, d’autre part, l’encampement moderne de toute une partie de la population invisibilisée de l’espace et du débat publics. Les « gens du voyage » sont en première ligne d’un des grands enjeux de lutte du XXIe siècle : le racisme environnemental.


Capture d’écran 2022-01-12 à 16.04.31.pngNous ne sommes pas seuls. Politiques des soulèvements terrestres

Léna BALAUD &  Antoine CHOPOT

Édition du Seuil, 2021

Que devient la « politique » lorsque des paysannes et des écologistes disséminent des graines de plantes résistantes aux herbicides dans les monocultures d'OGM pour en saboter les rendements ? Lorsque des naturalistes en lutte invitent un couple de balbuzards pêcheurs à protéger un fleuve menacé par un énième projet inutile et imposé ? Lorsque des villageois kirghizes échappent à la mainmise de l'État sur leurs moyens de subsistance en greffant en secret une forêt fruitière ? D’autres manières de faire, de se défendre, de résister, nous devancent, nous déstabilisent et nous renforcent : des manières animales, végétales, sylvestres, microbiennes, fongiques... Nos alliés sont multiformes, considérablement plus nombreux et divers que ce que notre imagination laisse entrevoir. Si nous sommes bien les seuls responsables d’un choix concerté de cibles et de stratégies contre les causes du ravage et des inégalités, nous ne sommes pas les uniques acteurs du changement que nous souhaitons voir advenir. Appel à refuser la mise au travail de la planète, ce traité d'écologie politique terrestre ouvre de nouveaux horizons pour agir avec la nature contre ceux qui l’effondrent.


Capture d’écran 2022-01-12 à 16.07.27.pngTemps-paysage. Pour une écologie des crises

Bernadette BENSAUDE-VINCENT

Éditions Le Pommier, 2021

Qu’il tende vers le progrès ou vers l’effondrement, nous voyons le temps sous la forme d’une flèche, et nous le supposons donc unique et linéaire, maîtrisé, dominé, comme vu de dehors, c’est-à-dire de nulle part. Or, la crise du climat nous oblige à abandonner cette position d’extra-territorialité : de multiples temporalités y entrent en jeu – les temps cosmologique, géologique, biologique, histo-rique, social et vécu –, qui rendent caduc le primat du temps chronologique, lequel semble les aligner sur les barreaux d’une même échelle. Dans cet essai, Bernadette Bensaude-Vincent nous invite à sortir du cadre temporel de la modernité occidentale pour porter attention à la diversité des temps propres aux vivants et aux choses qui font monde avec nous – jusqu’aux virus, aux plastiques ou aux déchets nucléaires. En s’inspirant de la pensée chinoise classique aussi bien que de l’écologie du paysage, elle met au jour une hétérogénéité de trajectoires temporelles qui cohabitent, interfèrent et s’entremêlent. Par là, elle ne nous apprend rien de moins qu’à composer des « temps-paysages », c’est-à-dire à replonger les actions humaines dans les cycles multiples qui régissent l’histoire de la Terre, articulant le temps qui passe avec le temps qu’il fait.


Capture d’écran 2022-01-12 à 16.10.15.pngTerre et liberté. La quête d'autonomie contre le fantasme de la délivrance.

Aurélien BERLAN

Éditions La lenteur, 2021

Dans la plupart des civilisations ou des milieux sociaux, l’idée de la liberté qui prévaut est de pouvoir se décharger de la vie matérielle, des tâches de subsistance : sur les esclaves, sur les travailleurs manuels et les femmes, sur les machines... Dans cet essai philosophique remarquable, A. Berlan ravive une conception opposée, subalterne, de la liberté portée par des mouvements paysans d’hier et aujourd’hui (zapatisme) : la prise en charge collective et égalitaire des besoins de base, des besognes nécessaires à la vie sur terre. Contre le rêve de délivrance, le projet d’autonomie ; contre le libéralisme, le marxisme et notre société de services néo-domestique, la réappropriation de la part matérielle de nos vies.


Capture d’écran 2022-01-12 à 16.15.56.pngHéritage et fermeture. Une écologie du démantèlement

Emmanuel BONNET, Diego LANDIVAR et Alexandre MONNIN

Éditions Divergences, 2021

Nous dépendons pour notre subsistance d’un «monde organisé», tramé par l’industrie et le management. Ce monde menace aujourd’hui de s’effondrer. Alors que les mouvements progressistes rêvent de monde commun, nous héritons contre notre gré de communs moins bucoliques, « négatifs », à l’image des fleuves et sols contaminés, des industries polluantes, des chaînes logistiques ou encore des technologies numériques. Que faire de ce lourd héritage dont dépendent à court terme des milliards de personnes, alors qu’il les condamne à moyen terme? Nous n’avons pas d’autre choix que d’apprendre, en urgence, à destaurer, fermer et réaffecter ce patrimoine. Et ce, sans liquider les enjeux de justice et de démocratie. Contre le front de modernisation et son anthropologie du projet, de l’ouverture et de l’innovation, il reste à inventer un art de la fermeture et du démantèlement: une (anti)écologie qui met «les mains dans le cambouis».


Capture d’écran 2022-01-12 à 16.53.38.pngRéveiller les esprits de la Terre

Barbara GLOWCZEWSKI

Éditions Dehors, 2021

Ce livre part d’une multiplicité d’expériences et de savoirs: du chamanisme aux rites totémiques, des luttes pour des droits à la terre aux pratiques visant à devenir-territoire pour résister à l’accélération des politiques destructrices des milieux de vie. Pour les Warlpiri et leurs voisins du désert central australien, les esprits de la terre, de l’eau, de l’air sont en colère quand les humains ne respectent pas certaines lois d’équilibre qui pour ces gardiens et gardiennes de sites sacrés sont à la fois sociales, environnementales et cosmologiques. Cette sagesse ancestrale se réactualise ou se retrouve dans nombreuses situations un peu partout sur la planète. Depuis l’Australie ou la France, de la Montagne limousine à la Zad de Notre-Dame-des-Landes, en passant par la Guyane et la Polynésie françaises, Barbara Glowczewski fait le récit de ces multiples stratégies pour “résister au désastre” en montrant la créativité des luttes qui prennent forme aujourd’hui contre un rapport prédateur à la terre devenu hégémonique. Le constat commun à ces expériences invite à favoriser de nouvelles alliances pour réveiller les esprits de la terre et mieux défendre tout ce qui y vit.


Capture d’écran 2022-01-12 à 16.55.25.pngTerre et capital. Pour un communisme du vivant

Paul GUILLIBERT

Éditions Amsterdam, 2021

L’humanité a basculé dans l’ère des catastrophes globales. Partout sur la planète les forêts brûlent, les océans s’asphyxient, les espèces disparaissent. La sixième extinction de masse est en marche. L’urgence commande l’élaboration d’une politique qui conjurerait la destruction généralisée de la vie : un communisme du vivant. Puisque la crise environnementale procède de la recherche effrénée du profit, toute écologie politique formulée en dehors de cet horizon est vouée à l’échec. S’appuyant sur une lecture conjointe du marxisme et des humanités environnementales, Paul Guillibert défend une philosophie sociale de la nature pour démontrer que la préservation de la biosphère est devenue une condition nécessaire à l’émancipation. Tentative inédite de fournir une assise théorique aux luttes pour les usages de la Terre et à la prise en compte des non-humains, cet essai propose une ambitieuse actualisation du projet communiste, fondée sur la protection du vivant.


Capture d’écran 2022-01-12 à 17.15.24.pngÉcologies déviantes. Voyage en terres queers

Cy LECERF MAULPOIX

Éditions Cambourakis, 2021

Tout à la fois voyage, enquête, cheminement personnel, réflexion politique sur l'articulation des luttes contemporaines, ce livre de Cy Lecerf Maulpoix, journaliste engagé dans les luttes LGBTQI et pour la justice climatique, nous entraîne dans les jardins anglais de l’artiste Derek Jarman, de l’écrivain socialiste Edward Carpenter, du Bloomsbury Group, sur les traces des Radical Faeries de l’Arizona à San Francisco jusqu’aux zones de cruising des lisières des grandes villes. Parce qu’il met au jour des généalogies oubliées, ce texte permet de reconnaître la dette de l’écologie politique à ces précurseurEUSEs déviantEs. À l’heure où chacunE est concernéE par les enjeux écologiques planétaires, ce livre nécessaire propose de nouvelles pistes militantes et trace une ligne de crête sur laquelle construire, à partir de perspectives minoritaires, un mouvement réellement inclusif.


Capture d’écran 2022-01-12 à 17.40.03.pngQu'est-ce qu'une biorégion ?

Mathias ROLLOT & Marin SCHAFFNER

Éditions Wildproject, 2021

La plupart des habitants d’un pays développé ne savent pas d’où vient l’eau qui coule au robinet, où partent les déchets jetés à la poubelle, quels types de sols sont sous nos pieds, quand est la prochaine pleine lune, quand planter quels légumes, quel oiseau chante le matin à nos fenêtres. Parler de biorégion, c’est se demander où et avec qui nous vivons en ce sens large, pour réapprendre de ces lieux où nous sommes – et pour cohabiter avec d’autres vivants. Une biorégion, c’est un lieu de vie où toutes les parties prenantes s’efforcent de vivre ensemble de façon pérenne. En repartant des bassins-versants, des microclimats, des types de sols, de la vitalité de la faune et de la flore, nos territoires habituels se redessinent.

Capture d’écran 2022-01-12 à 17.37.44.pngDemain la planète

Xavier RICARD LANATA

Éditions PUF, 2021

La déglobalisation est aujourd’hui un processus mondial et inexorable. La question n’est plus de savoir si elle a lieu, mais quelle forme l’emportera. Car si les processus de mondialisation se poursuivent, la déglobalisation est devenue le « moteur » le plus puissant, parmi ceux qui régissent l’économie mondiale contemporaine. Xavier Ricard Lanata examine dans cet ouvrage l’ensemble des mécanismes de la déglobalisation qui pourraient mettre fin à un vaste mouvement intégrateur entamé il y a cinq siècles. Il envisage également plusieurs scénarios économiques possibles, allant d’une relocalisation mondiale de la production au développement d’une compétition agressive entre les États-Unis et la Chine en passant par la mise en place de nouveaux accords internationaux ou de larges blocus. Son analyse révèle combien nous ne sommes pas condamnés à l’impuissance face à ce renversement historique, qui pourrait constituer une opportunité unique de réenchâsser l’économie dans le politique afin de concevoir une « altermondialisation non globale ». Ainsi l’auteur propose une voie nouvelle, à la fois « mondialiste » et « déglobaliste », comme la clé d’un avenir commun possible sur une Terre mise en partage.


Découvrez les membres du jury de la 8ème édition du Prix du livre de l'écologie politique !

 


Rappel du palmarès du Prix :

2014 - L’âge des low tech de Philippe BIHOUIX (Seuil, 2014)

2015 - Faut-il donner un prix à la nature ? de Jean GADREY et Aurore LALUCQ (Les Petits Matins, 2015)

2016 - Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant de Baptiste MORIZOT (Wildproject, 2016)

2017 - La société écologique et ses ennemis de Serge AUDIER (La découverte, 2017)

2018 – Les métropoles barbares de Guillaume Faburel (Le passager clandestin, 2018)

2019 – Une écologie décoloniale de Malcom Ferdinand (Seuil, 2019)

2021 - Être écoféministe. Théories et pratiques de Jeanne Burgart Goutal (L'Échappée, 2020)